jeudi, 20 janvier, 2005
La campagne contre le téléchargement ... reine de mauvaise foi ?
La campagne pour le téléchargement légal coûte 1 million d'euros (ZDNet)Téléchargez-moi légalement. Du 17 au 24 janvier, quatorze chanteurs s'affichent en faveur du téléchargement légal. Pas de spots radio ou télévisés, la campagne est basée sur de l'affichage public.
Un site, une belle brochette d'artistes, et pas mal de contre vérités (voire de franche mauvaise foi ) : décryptage.
"J'ai bien songé à bloquer l'A36 tout seul avec une banderole mais ils en ont rien à cirer les consciencieux consommateurs d'une manif de chanteur, surtout d'un chanteur qui passe même pas dans leur télé. C'est pas dans leur intérêt de payer pour de la miouze s'ils peuvent se la faire à l'?il chez le disquaire du coin, 2000 CD vierges vendus pour seulement 700 édités! les chiffres parlent d'eux-mêmes." Hubert Félix. Thiéfaine cité
Il est gentil Hubert Félix : il oublie juste que les 2000 CD vierges ne servent pas - loin s'en faut - uniquement à copier des CD Audio ! Que sur ces CD une bonne part est dédiée à l'archivage de données (du texte word, des tableau Excel, etc) pour les particuliers et les entreprises. Il oublie aussi de dire (peut être ne le sait il pas ?) que sur ces CD vierges majoritairement utilisés pour sauver des données, une taxe est quand même prélevée, et que lui, Hubert Félix, il en récupèrera un morceau via ses droits Sacem. Oui, Hubert Félix, les chiffres parlent ... surtout pour toi !
"De plus, la musique souffre considérablement en terme de qualité sonore lorsqu'elle est téléchargée, ne faisant pas honneur au temps que demande un travail de mastering.". Marc Cerrone
Evidemment ... lorsqu'elle passe en FM, dans des boîtes à la sono médiocre (les sonos boum, boum, boum sans aucune bande passante au dessus de 1000hz) et qu'elle est vendue sur des vinyles (il fait aussi), la qualité de sa musique ne souffre absolument pas ... (les fichiers MP3 sont souvents encodés en qualité FM).
"D'abord, cette musique n'est pas aussi gratuite qu'elle en a l'air puisque vous payez un abonnement à un fournisseur pour y avoir accès. Mais surtout cette musique n'est pas gratuite non plus pour les auteurs, les compositeurs, les interprètes, les producteurs, bref, tous ceux qui investissent du talent, du temps ou l'argent. Ainsi, vous êtes prêt à acheter un ordinateur, à payer un fournisseur d'accès, mais vous n'auriez pas à payer ceux qui font la musique ? Absurde." Vu sur cette page
La musique du peer to peer, des lecteurs MP3, n'est pas si gratuite que cela : elle génère des taxes sur les médias vierges et tous les contenants numériques. Ces taxes sont ensuite reversés majoritairement aux auteurs et interprètes. Pas une ligne sur cet aspect de l'indemnistation des artistes sur le site.
"On ne peut pas comparer le partage de fichiers sur Internet et la copie de disques, chez soi, sur des cassettes [à propos de l'enregistrement depuis bande FM NDEC]. Cela reviendrait à comparer quelqu'un recopiant une lettre à la main au fait de mettre cette même lettre en ligne et de permettre ainsi chaque minute à des centaines de personnes à travers le monde de la télécharger et de l'imprimer." Vu ici
Et il est absolument évident que la station FM qui diffuse une bande à des millions de gens qui peuvent l'enregistrent sur K7, n'a absolument rien à voir avec les milliers de gens qui téléchargent via peer to peer ...
"Il y a toujours eu une relation très intime entre les avancées technologiques et le marché de la musique, depuis le phonographe à cylindre d'Edison aux fichiers mp3 en passant par le microsillon, la cassette et le CD" (vu ici)
Depuis l'apparition du Peer to peer qui correspond à une demande du consommateur audiophile, l'industrie du disque n'a eu de cesse de tenter de réduire à néant - par voie judiciaire - ce concept que ses cadres ne comprenaient pas. C'est face à l'inéluctabilité du phénomène qu'elle se résout aujourd'hui à en tirer profit. C'est un fait historiquement prouvé, et ce n'est pas la première fois que cette frilosité contre les nouvelles technologies se rencontre (voir cet article du blog) chez les industriels de la musique.
Plus drôle encore : ratiatum nous informe dans cette news qu'une bonne partie des disques des artistes qui participent à cette campagne ... sont disponibles en peer to peer, mais pas sur les sites de téléchargement légaux ! Pour Zazie, l'album Rodéo sorti en décembre 2004 est impossible à "télécharger légalement". Le (bel) album de Françoise Hardy, "Tant de belles choses", protégé contre la copie, est indisponible à la vente sur iTunes Music Store
Et une campagne de plus, farcie de poncifs et de faux semblants, culpabilisante à souhait : elle n'a qu'une seule vertu, encourager - enfin, et plusieurs années après l'émergence du Peer to Peer - l'utilisation des sites de téléchargements légaux qui n'existent que ... depuis quelques mois. Ces gens là aiment ils vraiment la musique ? A moins qu'on ne parle que d'argent ?
