Ordinateur volant équipé d’un missile air-mer !
May 16th, 2008 by Eric
A l’invitation de l’Aéronavale, nous avons visité avec un groupe d’universitaires la base de Nîmes-Garons. Cette base est intéressante car elle héberge un ensemble de détection et de renseignement aérien particulièrement performant, constitué par les Bréguet Atlantique, et des équipements d’analyse au sol.
Visite dans la tour de contrôle de l’Aéroport de Nîmes-Garons, entièrement géré par l’Aéronavale, tout comme le trafic aérien, à l’étage inférieur (ou sont aussi gérés les “avions suspects” sur la zone). Au moment de notre visite, deux mirages en survol : spectaculaire!
Le Breguet Atlantic est un avion de patrouille maritime, conçu par Breguet Aviation et produit par la SECBAT. Commercialisé depuis 1967 par la société Dassault Aviation, il a été construit à 115 exemplaires en deux versions mis en service par 4 pays différents. Il est désigné, dans l’aviation navale, par la lettre M.
Il est utilisé dans de nombreuses missions militaires ou d’intérêt public (recherche d’auteurs de pollution marine, chasse au trafic de drogue). Il a récemment été déployé dans l’affaire du Ponant et c’est lui qui a permis de suivre discrètement les pirates interpellés.
L’Atlantique embarque un ensemble de capteurs très haute performance :
- un détecteur d’anomalies magnétiques, capable de repérer la masse métallique d’un sous-marin en plongée à faible profondeur.
- Un radar Iguane, capable de détecter sur 360° des cibles de surface de très faible dimension, même par mer forte.
- Un système de détection d’émissions radar ARAR 13, capable d’intercepter et d’identifier des émissions très brèves à grande distance.
- Un détecteur infrarouge (caméra FLIR) permettant l’identification de jour comme de nuit, des cibles de surface à grande distance.
Sept consoles de travail permettent aux spécialistes, sous la supervision d’un coordinateur tactique de gérer simultanément l’ensemble des systèmes de l’avion. Un équipage au complet comprend au total treize spécialistes placés sous le commandement d’un “commandant d’aéronef”, pilote expérimenté dont la responsabilité est de gérer la mission dans son ensemble.
La “salle informatique” du Bréguet Atlantique avec ses postes de travail caractéristiques. Au premier plan la table à cartes du navigateur. Derrière, les consoles avec leurs écrans et claviers. Ici sont gérés les capteurs de l’avion : détection radar, caméra infra rouge longue portée, détecteurs de masse magnétique et bouées larguées.
On peut ajouter à ces équipements de haute technicité, le travail irremplaçable réalisé par les observateurs sur les côtés et dans le nez vitré, pour scruter la mer à l’oeil nu où a la jumelle.
L’avant du Bréguet Atlantique, avec son nez vitré caractéristique …
… et dans le fameux nez vitré.
Le navigateur qui nous accompagnait nous a indiqué qu’en survol à basse altitude, la vue était particulièrement saisissante.
Quatre points d’emport sous les ailes et une vaste soute permettent de mettre en oeuvre un armement varié, adapté aux missions auxquelles doit faire face l’avion. Bouées de détection sous-marine et torpilles peuvent être employées contre les sous-marins. Contre les cibles en surface, l’Atlantique peut tirer le célèbre missile AM-39 Exocet. Quant à l’aide aux naufragés, elle se fait en larguant des “chaînes SAR” (au fond en rouge sur la photo ci dessous), ensembles de survie articulés autour d’un canot gonflable, dont au moins un exemplaire est embarqué à demeure dans la soute de l’avion
On observe que cet appareillage repose finalement entièrement sur la très haute qualité des capteurs, et très peu sur la puissance de calcul. Les ordinateurs sont ici des outils de contrôle, et c’est l’humain sur qui repose entièrement la fonction d’analyse. Là où des armées très high-tech, US surtout, vont chercher à amasser des quantité astronomiques d’informations qu’il faut traiter par des systèmes informatiques parfois difficile à mettre au point (notamment en reconnaissance de sons, de parole ou d’images), le dispositif que nous avons vu cherche plutôt à valoriser par l’humain des informations précises et qualitatives. Et ça marche vraiment bien !
Une journée passionnante, un accueil chaleureux, pour découvrir un ensemble tactique très impressionnant. Il y a des ordinateurs partout, des spécialistes de leur utilisation, des cages de Faraday (pas la peine de couper votre portable, il ne fonctionne pas) ! La base dispose également de deux simulateurs : l’un - statique - permet de reproduire une mission (il reproduit la suite de pupitres qu’utilisent les spécialistes), l’autre totalement articulé est dédié au pilotage.
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