Do you knol de google face à wikipedia ?
Dec 27th, 2007 by Eric
Navré par ce titre quelque peu incompréhensible, qui n’est pas, je l’assure, le fruit d’un réveillon trop arrosé. Il fallait bien ce titre abscons pour souligner les enjeux masqués de l’annonce récemment faite par Google sur son nouveau service encyclopédique.
Résumons le problème. Google est pragmatique, mais a quand même un léger problème: en haut de la plupart de ses résultats de recherche, se trouve désormais presque systématiquement une page wikipédia.
Logique, l’encyclopédie ouverte et collaborative devient chaque jour plus gigantesque, exhaustive, et de qualité, et est par ailleurs omni-référencée. Conséquence, les algorithmes de Google y trouvent systématiquement une réponse pertinente.
Problème: sur wikipédia, il n’y a pas de pub, et l’organisation associative qui gère la publication survit des dons que lui font ses lecteurs (une campagne est d’ailleurs en cours). Les approches astucieuses de Google (en offrant par exemple l’hébergement) à destination de fondation wikipedia pour tenter d’établir des partenariats n’y ont rien fait, libres (et bénévoles) ils sont, libres (et bénévoles) ils resteront.
Hors pour google, une telle audience, sans publicités, bat en brèche son modèle économique (lui aussi basé sur la longue traîne dont je vous avais parlé il y a quelques jours). Ce modèle qui précisément, pour générer du profit, doit - en autre - afficher un maximum de publicités sur d’innombrables pages peu consultées, ce qui est précisément le cas des pages de Wikipédia.
Au final, quand un site dont les pages répondent au modèle de la longue traîne se trouve dans le top 10 des publications mondiales, échappe aux Google Ads, c’est une part importante et mesurable du chiffre d’affaire potentiel qui s’échappe en même temps (selon moi, Wikipédia pourrait représenter 5 à 10% du potentiel publicitaire de Google, ce qui n’est pas rien).
D’ou l’idée de Google de créer un service encyclopédique - Knol - que certains déclarent “concurent” de Wikipédia et que je qualifierai plutôt d’alternatif. C’est quoi ? D’abord, Knol pour “knowledge“, qui est un mot anglais à la vaste portée, et qui signifie à la fois ‘Savoir’, ‘Connaissance’ ou ‘Science’ pris dans un sens général.
Knol se distinguera de Wikipedia à plusieurs titres. En premier lieu par la structure de ses articles. Au lieu d’être issus d’un travail collaboratif, ils seront rédigés par un auteur unique et ils seront signés. Les internautes pourront toutefois ajouter des contenus additionnels, commentaires ou images. Google assure qu’il n’interviendra pas sur les contenus et que les articles resteront entre les mains de leurs rédacteurs.
En second lieu, les auteurs percevront (d’après Google) une part très importante des recettes publicitaires. C’est un point essentiel car il offre aux auteurs, journalistes et plus généralement tous ceux qui ont un savoir à partager, et qui sont en ce moment durement touchés par la lente érosion des ventes de supports papiers au profit des contenus du net librement accessibles, une nouvelle opportunité de rémunération.

Pour finir, on murmure que pour s’imposer face à Wikipedia, les contenus de Knol seront indexés dans le moteur de recherche de Google et que les pages les mieux notées remonteront en priorité.
Cet aspect du projet Knol risque de faire grincer des dents du côté des “tout libre”. D’ailleurs, Florence Devouard, actuelle présidente de la fondation wikimedia, affiche sans modération ses craintes sous la forme d’une plainte publiée sur le site écrans: “Aujourd’hui, 50% de notre trafic vient de Google. Si nous avons moins de visibilité, nous risquons de voir nos rares sources de financement (les dons) disparaître”. Oubliant au passage que l’idée de Wikipedia, dont le slogan est “aidez nous à changer le monde“, a mis quand même un bon paquet d’auteurs au chômage (lire mon post sur les encyclopédies ici) …. Se pose alors la question de savoir si wikimédia, confronté à un succès hors norme, n’aurait pas du accepter l’offre de Google et chercher à rémunérer d’une manière ou d’une autre ses contributeurs, tout en conservant la noblesse de son projet qui réside aussi dans sa totale gratuité d’accès, et dans la licence libre qui régit ses contenus?
Entendons nous bien: je ne suis pas contre le monde du libre (c’est même un projet open source qui m’emploie), mais en toute chose l’excès est mauvais, et le bénévolat institutionnalisé par wikipedia devient économiquement contestable quand la publication est onzième site mondial ! L’univers du logiciel libre (Apache, Linux, Mozilla) profite de son succès pour créer des emplois: pourquoi Wikimédia (éditeur de Wikipédia) n’en a pas fait autant ? Il n’est pas nécessaire d’ailleurs de devenir une entreprise capitaliste pour rentabiliser un produit, le modèle mutualiste français, par exemple, a largement fait ses preuves dans le domaine des assurances ou de la banque.
En attendant, un groupe d’utilisateurs américains a été invités à essayer Knol, et s’en est déclaré entièrement satisfait. A mon avis, ce n’est pas un hasard si la majeure partie de ces premiers utilisateurs et contributeurs sont des “experts” (enseignants, universitaires): ils produisent des fiches de grande qualité, et en les rémunérant, Google invente une nouvelle forme de partage de la connaissance.
La mise en ligne à destination du grand public serait imminente.





Bonjour, je suis lecteur de votre ouvrage “Hacker’s Guide” 3ème édition et je l’ai trouvé formidable. Je suis Expert-comptable stagiaire, mais passionné d’informatique.
Tous les encouragements pour les travaux de vulgarisation que vous faites.
Cet article est tout simplement magnifique autant que instructif par sa concision sur un thème aussi complexe.
Bonne continuation!!!!