Microsoft Surface: révolution ou évolution ?
Nov 30th, 2007 by Eric
Après plusieurs années de recherche, dit-on, Microsoft va prochainement lancer Surface qui se veut l’ordinateur du futur pour la maison ! Cet ordinateur est un écran tactile géant dont l’interface utilisateur est très spectaculaire, comme vous pouvez le voir dans cette vidéo.
Vous ne sélectionnez plus les éléments numériques avec un clavier et une souris: vous utilisez uniquement vos doigts. La configuration présentée, connue sous le nom de “Milan”, serait équipée d’un processeur Core 2 Duo, 2Gb de Ram, d’une carte graphique de 256 Mo, et d’un système d’exploitation basé sur Windows Vista. Les autres composants utilisés sont une table en acrylique de 30 pouces, et un système de cinq caméras infra rouge qui permettent d’affiner la capacité du captage des mouvements. Microsoft développe la majeure partie de ce concept en interne, et aurait choisi seulement six entreprises pour utiliser les outils de développement permettant de concevoir des applications sur surface ! Cet objet devrait être commercialisé au printemps 2008.
Par ailleurs, Milan sait reconnaitre un téléphone mobile (comme on le voit dans la vidéo) ou un appareil photo posé sur sa surface, et déclencher alors des opérations automatisées comme la synchronisation des contacts, le téléchargement des photo. Il n’est pas précisé par quel moyen, mais on peut envisager l’utilisation du bluetooth ce qui laisse augurer des problèmes de configuration cocasses et très éloignés de la convivialité affichée. Passons …
Ce qui m’étonne avec Surface, c’est que nombre de chroniqueurs voudraient la présenter comme une avancée technologique majeure, alors qu’elle n’est à mon sens qu’un artéfact matériel: il n’y a rien de neuf dans surface. On est ici un peu dans le phénomène de mode à la “I.Phone”: l’écran tactile est ancien, la façon d’interagir avec la surface n’est pas neuve: elle est étudiée par les spécialistes des interfaces homme machine depuis très longtemps. Il y a belle lurette que des écrans tactiles avec IHM sophistiquées équipent les avions de chasse par exemple. Il y a aussi dans Surface un aspect spectaculaire fruit d’un marketing très calculé, et qui n’est pas sans évoquer le film Minority Report: on est en plein dans l’évocation futuriste et sf. A dessein, évidemment, de séduire une clientèle branchée et consommatrice de gadgets à montrer (l’insertion de Surface dans une table, susceptible de trôner au centre d’une pièce à vivre s’inscrit dans cette stratégie).
Mais alors ou est l’innovation ? A mon sens, il n’y en a pas.
Et pourtant, le potentiel de conception d’interfaces réellement révolutionnaires est bien présent. Les concepts et outils, fruits de recherches sur les IHM menées par de nombreux laboratoires, permettent aujourd’hui de commander des ordinateurs avec la voix ou le corps. Ces ordinateurs peuvent produire quasiment intelligemment de l’information. La dictée vocale, la traduction automatique, la reconfiguration dynamique, tout cela est possible. Alors pourquoi orienter encore et toujours le progrès des IHM grand public, vers un accessoire matériel dérivé du tryptique “écran, souris” et légèrement amélioré, comme dans le cas d’IPhone et son capteur d’accélération, ou Surface avec ses capteurs de doigts ?
On peut imaginer que Microsoft (comme IBM quelques années plus tôt d’ailleurs), qui s’est pris un terrible revers avec sa dictée vocale (voir dans ce post la démonstration ratée) ne veut plus prendre de risque. Et que le géant de Seatle, dont on dit que l’expérience précitée n’était qu’un “accident” du à une prise mal branchée ne veut plus s’aventurer dans l’univers de l’IHM non matérielle. Pourtant, Microsoft n’est pas en retard sur ces domaines de pointe: des “speech recognizers” sont implantés dans Windows depuis près de dix ans maintenant: vous le saviez ? Non évidemment, comme la plupart des utilisateurs.
De deux choses l’une: ou bien les multinationales ont peur de s’aventurer dans l’univers des interfaces trop sophistiquées, de peur d’effrayer l’acheteur, auquel cas les entreprises de haute technologie Européenne feraient bien d’occuper l’espace laissé vacant (car à mon avis, il est juteux). Ou bien personne ne sait comment faire passer toutes ces technologies de la langue naturelle dans le grand public (ce qui m’étonne un peu).
Un océan de réflexions à mener !




