Un Nobel à 20 milliards d’euros (par an)
Oct 10th, 2007 by Eric
Le chercheur français Albert Fert et l’Allemand Peter Grünberg vont se partager un prix Nobel de physique, et 1,08 millions d’euros.

Albert Fert (Source CNRS)
Le Nobel récompense leurs découvertes sur la magnétorésistance géante (GMR). En quelques années celle-ci a trouvé une foule d’applications dans l’électronique grand public, en dopant de manière spectaculaire les capacités de stockage d’informations des ordinateurs et du numérique nomade (Notepads, téléphones, etc). Elle a ouvert la voie à une nouvelle branche de l’électronique, fondée sur le magnétisme. La “spintronique”, dont l’objet est d’utiliser le spin des électrons pour stocker et transporter des informations, fera longtemps parler d’elle, notamment dans le cadre des applications de type nanotechnologies.
Les deux chercheurs lauréats n’ont pas travaillé ensemble, contrairement à ce qu’a affirmé notre ministre de la recherche en louant «l’intensité de la coopération scientifique franco-allemande» [source Libération]. Mais ils ont trouvé en même temps (situation assez fréquente en matière scientifique). La simplicité du premier, français, Professeur d’Université à l’ancienne, est - disent ses collègues - inversement proportionnelle à sa notoriété.
On nous explique sur ce très bon article de Libération que ce chercheur “publie encore et n’a abandonné ses cours à Orsay qu’en juin”. On nous précise aussi que “L’homme a tout pour plaire : [qu’il est] élégant, affable, toujours prêt pour une conférence dans un lycée”
Un vrai chercheur de haut rang, à la française, vivant dans la cité, et sans vénalité (excessive). Il a d’ailleurs “oublié” de déposer des brevets (son partenaire industriel ne croyait pas aux débouchés de sa découverte). Pas son collègue allemand !
Avec ce prix, la fondation Nobel fait un joli pied de nez aux détracteurs de la recherche fondamentale et s’invite dans le débat qui se tient sur ce sujet dans notre pays.
Ceux qui croient encore que la recherche fondamentale ne sert à rien, coûte de l’argent, qu’il faut mesurer les performances des chercheurs avec des “quotas de publications”, et qu’il serait préférable de vider les labos au profit des écoles de commerce, ceux là, donc, feraient bien d’étudier en détails la bio du chercheur primé : pur produit de l’excellence et des filières sélectives (ancien de l’ENS, comme le précédent médaillé Field, d’ailleurs), enseignant chercheur, travaux menés en partenariat avec des entreprises privées (Thomson-CSF, Thalès), profits monstrueux malheureusement mal valorisées. C’est d’ailleurs peut être sur ce dernier point qu’est le vrai défaut de la recherche française.
En tout cas, beau cocktail, non ? Et tout ça ma petite dame pour (au moins) dix fois moins cher qu’un professeur de même rang au M.I.T. Pas rentable la recherche fondamentale en France ?




