Le singe, l’homme et l’intelligence artificielle
Sep 26th, 2007 by Eric
Et si la psychologie humaine s’inscrivait dans le prolongement de celle des animaux, qu’il s’agisse de la violence, de l’empathie, ou même de la morale ? Ce que nous appelons “notre différence” notre “humanité” ne serait alors composée - pour une grande partie - que des instincts et des habitudes comportementales acquis sous la contrainte des milieux dans lesquels nos ancêtres ont vécu. Des comportements infiniment plus complexes que ceux des animaux - certes - mais qui puisent finalement aux mêmes sources évolutives.
Même l’apparition du langage peut être expliquée par l’évolution: la sélection (Darwinienne) des premiers individus “parlants” - c’est à dire capables de donner un signal plus précis grâce à des combinaisons de sons ( signaler un danger associé à sa localisation, par exemple “ennemi derrière“, est plus efficace qu’une simple alerte sonore telle que le sifflement des marmottes ) peut expliquer l’apparition du langage (et justifie d’ailleurs la recherche d’une grammaire universelle qui serait née de cette sélection naturelle [lire Chomsky sur ce sujet]).
Un pavé dans la marre des adeptes de “l’intelligent design“, qui cherchent à faire rentrer par le vélux de la science, ce dieu visiblement très difficile à faire sortir par la porte de la raison.
La thèse de la proximité entre hommes et animaux, et par extension, celle de l’intervention de processus évolutifs (et donc modélisables puisque correspondant à des contraintes d’un milieu et à une logique), dans ce que l’on décrit comme de “l’intelligence“, est très ramifiée et s’infiltre dans des thèmes de recherches de plus en plus nombreux. Un peu comme si l’humanité, après avoir digéré Darwin, pouvait s’atteler à la suite, c’est à dire rechercher les traces de l’évolution dans les langues, la parole, la morale, les rituels. A vrai dire les possibilités sont très nombreuses.
Cet axe de recherche est présent, par exemple, chez les linguistes et les informaticiens. Il postule que la modélisation de nombreux aspects de ce que l’on appelle la “langue naturelle” par des systèmes automatiques (les ordinateurs), se résume souvent à un problème de gestion plus ou moins complexe de données, donc évaluable par une voie mathématique et statistique, pour peu que l’on possède des ordinateurs suffisamment puissants.
Du côté des éthologues, on y travaille aussi. Des primatologues cherchent ainsi à démontrer l’influence de l’évolution sur des comportements que nous qualifions usuellement chez les hommes “d’intelligents”, en démontrant leur présence chez des créatures que nous qualifions “d’animales”. C’est le cas de Frans de Waal, qui dans son ouvrage intitulé “Le Singe en nous” s’oppose aux théories de l’exception humaine. Il refuse de considérer l’homme comme une espèce “élue” destinée à dépasser une animalité mauvaise, dont les progrès techniques et intellectuels sont peu en rapport avec sa capacité à gérer son agressivité.
A travers l’étude des deux grands singes qui nous sont les plus proches, le chimpanzé et le bonobo, Frans de Waal décrypte notre comportement. Si les chimpanzés incarnent notre face agressive, les bonobos correspondent au versant doux et empathique de l’espèce humaine : primates pacifiques, ils vivent dans des sociétés matriarcales où la fréquence des rapports sexuels permet d’aplanir les conflits.
En s’appuyant sur nombre d’anecdotes fascinantes, mais aussi sur des recherches approfondies, l’auteur brosse un portrait du «singe bipolaire» qu’est l’homme. Il utilise aussi le formidable laboratoire que constituent les sociétés de chimpanzés et de bonobos pour aborder les problèmes de la vie en commun chez les êtres humains. L’auteur démontre surtout que ce nous qualifions de “propre de l’homme”, de “comportement intelligent” n’est en réalité que le fruit logique d’une adaptation au milieu.

Aujourd’hui, il est possible d’utiliser des ordinateurs pour reproduire des processus humains, dits intelligents. On sait évaluer des opinions, répondre à des questions, reconnaître du langage, générer un texte d’après des données, en utilisant le plus souvent des méthodes statistiques. Mon intuition me dit qu’il y a là quelque chose à mettre en perspective avec les travaux de Frans de Waal.
J’ai lu ce livre il y a quelque temps et je vais le relire prochainement. Je vous le recommande chaudement si votre égo est démesuré, et si vous considérez que non, vraiment, il n’existe aucun point commun entre un animal et nous …




