Le cas Dick
Aug 31st, 2007 by Eric
Question à deux balles : qui est l’auteur de romans de S.F dont les adaptations au cinéma sont (quasiment) toutes des films cultes, tout en réussisant la prouesse d’être extraordinairement difficile à lire ? Réponse ? Philip K. Dick !
Il est l’auteur, jugez du peu, des livres qui ont donné naissance à:
Blade Runner (1982) qu’on ne présente plus, si célèbre que toutes les éditions postérieures du roman dont il est tiré n’étaient plus titrées Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ni Robot Blues mais du nom du film.
De Total Recall (1990), une production hollywoodienne réalisée par Paul Verhoeven avec Schwarzy, basée sur la nouvelle De mémoire d’homme. Un bon film d’action, qui se passe sur mars, mais vraiment pas dickien, à part quelques trop rares et fugitifs moments.
De Planète hurlante (1996) (en VO: Screamers), film canado-américano-japonais réalisé par Christian Duguay, avec Peter Weller, basé sur la nouvelle Deuxième variété.
De Minority Report (2002), film américain réalisé par Steven Spielberg, avec Tom Cruise, basé sur la nouvelle Rapport minoritaire. Film spectaculaire et plutôt intéressant, hyper bien réalisé!
Certains affirment que la trame du film (superbe) The Truman Show de Peter Weir (1998), avec Jim Carrey, est largement inspirée du roman de Dick Le Temps désarticulé (Time Out of Joint, 1959).
Pas rien tout ça quand même, non ? Et pourtant, cet auteur dont les oeuvres donnent jours à des films à succès (en perdant presque systématiquement leurs titres originaux), demeure peu connu dans le grand public. Etonnant quand on sait que les films précédents, et de loin, ont fait infiniment plus d’entrées que ceux nés de l’oeuvre d’un Arthur Clarke ou encore d’Asimov .
Il faut dire que ses livres sont réputés difficiles à lire, tant ils sont pétris d’angoisse, aux frontières du délire démentiel. L’univers est noir, angoissant, froid, voire infernal. D’aucun affirment qu’on a d’ailleurs diagnostiqué chez P.K. Dick une paranoïa (de sa seconde femme, il dira: « C’était une psychotique meurtrière. Elle me faisait peur et par deux fois elle a tenté de me tuer.”), d’autres, affirment qu’il s’agit d’une schizophrénie. Assurément, tout psychanaliste à la lecture de ses oeuvres discernerait chez cet auteur une dépression profonde… Vers la fin de sa vie, il s’abonna à des revues sectaires, lut les publications de l’église de scientologie, prétendit avoir plusieurs révélations divines, et, invité en 1977 à une conférence de SF à Metz en France, prononça devant une foule ébahie un discours très étrange où il expliqua qu’il aurait été contacté par des extra-terrestres en mars 1974 et qu’il entretenait avec eux, depuis cette date, une correspondance.
Toutes les histoires de Philip K. Dick ont pour thèmes la modification et la manipulation de la réalité. Ils sont particulièrement présents dans les nouvelles Jeu de guerre, Souvenir à vendre, ainsi que dans les romans Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, La vérité avant-dernière, Le dieu venu du centaure ou Ubik.
Nombreux sont d’ailleurs ceux qui pensent que ces caractéristiques proviennent directement de la paranoïa qui marquait sa santé mentale fragile, notamment en raison de sa consommation de drogues (surtout des amphétamines) et de médicaments (cet univers de “junky” est d’ailleurs bien décrit dans le film . A Scanner Darkly interprété par Keenu Reaves : un des rares films qui m’a fait quitter la salle par ennui une demi heure avant la fin …).
Sa biographie nous donne peut être des indications sur cette façon si particulière d’écrire et le caractère “border line” de cet auteur. La mort de sa sœur jumelle, Jane Charlotte, le 26 janvier 1929 (alors à peine âgée de 6 semaines), l’affecte profondément. Toute sa vie Philip Dick ressent qu’une partie de lui-même est manquante, ce qui est très probablement à l’origine de la dualité exceptionnellement forte de son œuvre. (On en voit un écho dans son roman “Dr Bloodmoney”, en la personne du petit frère “interne”, mort-né, en relation télépathique avec son jumeau adulte ).
Il est victime d’un accident vasculaire cérébral le 18 février 1982, et meurt le 2 mars 1982 quelques jours avant la sortie du film Blade Runner. Il commençait juste à en recevoir les droits d’auteur, après une vie financièrement délicate. Il est enterré à Fort Morgan, aux côtés de sa sœur Jane, sans avoir jamais su à quel point son œuvre allait devenir mythique.
Pour ce qui me concerne, j’ai lu pas mal d’oeuvres de K. Dick, et j’ai aimé particulièrement celles qui suivent:
Le guérisseur de cathédrale : Joe Farnwright, homme ordinaire broyé par une société rigide et tyrannique, recolle des morceaux de céramique, avec un talent merveilleux. Hélas, arrive un jour où plus personne n’a besoin de ses services. Il sombre lentement jusqu’à ce qu’un message venu de l’espace donne un nouveau tournant à sa vie misérable. Une entité extraterrestre souhaite l’engager, lui et d’autres individus venant des quatre coins de la galaxie, pour une entreprise titanesque : restaurer une cathédrale au fond de l’océan, sur une planète lointaine. Alors Joe n’hésite pas, il part et rejoint un étrange équipage. Cette créature pourra peut-être les sauver…
La créature est extraordinaire, et ce roman est très poétique: j’ai beaucoup aimé !
Dr BloodMoney : L’apocalypse nucléaire a eu lieu, plus rien n’est comme avant. A la campagne, on vit en communauté quasi-autarcique. Les radiations ont engendré des phénomènes, comme Edie Keller, 7 ans, conçue le jour C, qui porte en elle un jumeau vestigiel avec lequel elle communique. Le cataclysme a également fait de l’astronaute Walt Dangerfield, en le satellisant dans sa capsule, le lien entre les communautés isolées, une espèce de super disc-jockey que tout le monde écoute.
Quant à Hoppy Harrington, le phocomèle, il peut enfin prendre sa revanche sur la vie et devenir quelqu’un de très important dans sa communauté : le réparateur. Surtout en s’aidant de ses pouvoirs supranormaux…
Je vous recommande de lire sa fiche Wikipedia, très riche, le bon dossier de fluctuat pour en savoir plus sur cet auteur complexe, mais incontournable et ce site d’un fan.






