Le wikiscanner démasque l’égo !
Aug 21st, 2007 by Eric
Wikipédia, l’encyclopédie libre et contributive, vous connaissez ? Des milliers d’articles sur tous les sujets, que les internautes peuvent librement modifier, améliorer, enrichir. Au final le postulat fonctionnel de Wikipédia veut que la qualité globale des articles augmente au fur et à mesure des contributions et atteigne celui des grandes encyclopédies commerciales (voire note 1).
Pour certains, la tentation est grande devant la notoriété croissante de l’encyclopédie, de saisir sa propre fiche (si vous saviez le nombre d’auteurs ayant ajouté des fiches sur eux-mêmes) car Wikipédia parle des gens, des entreprises, des produits, bref, est universelle. Et qui dit liberté de saisir, dit aussi liberté de dire la vérité (pas toujours bonne à dire) mais aussi de trafiquer ! Car sur Wikipédia, tout le monde pouvant contribuer, la fiche égotique se retrouve vite complétée par des informations moins … poétiques mais néanmoins véridiques !
Et on se doute bien que les egos des uns et des autres apprécient moyennement la vérité qui en ressort, et profitant de l’ouverture de Wikipédia, vont joyeusement remplir ou modifier leurs fiches avec une célérité digne des plus grands censeurs : heureusement, un Benjamin Constant moderne, Virgil Griffith, s’est mis en tête d’inventer un système pour démasquer la censure dans Wikipédia. Ca s’appelle le wikiscanner et le principe est tout simple : considérant que chaque internaute laisse son adresse IP lorsqu’il modifie Wikipédia, le wikiscanner va chercher à quelle organisation l’internaute en question appartient (puisque les adresses IP ne sont pas anonymes) . On cherchera ainsi à savoir qui trafique la fiche de qui et pourquoi.
Bingo ! Ce que l’on soupçonnait se trouve scientifiquement presque démontré : les fiches “améliorées” le sont bien souvent par des “proches” de l’individu ou de la société dont il est question. Aux Etats Unis, l’article de Wired nous donne déjà quelques éléments de réponse sur l’identité des « auto-censeurs » : la société Diebold, qui fabrique les machines à voter, apparaît ainsi dans cette recherche comme responsable d’une coupe de quelques 15 paragraphes dans sa notice. Sur cette page la collection de censeurs s’allonge de jour en jour : Wallmart positive sur la paye de ses employées (l’une des plus faibles du monde), Exxon modifie la description des conséquences écologiques du naufrage de l’Exxon Valdez, etc, etc.
Et en France ? On trafique ? Evidemment! Grâce au wikiscanner, le même genre d’information commence à arriver : Rue89 élit d’ailleurs le Maire de Levallois, Patrick Balkany champion de la modification de fiche : du réseau Internet de la mairie, on recense près de 100 modifications ! Chez Aéroports de Paris aussi, on aime Wikipedia. On minimise dans la fiche ADP l’impact des nuisances aériennes. Et il semblerait qu’à l’assemblée nationale, une seule adresse IP serve à modifier aussi bien les fiches de députés de droite que de gauche (il y aurait donc un « responsable Wikipédia » dans cette institution).
D’autres tels l’observatoire des médias dénichent de nouvelles perles : un employé d’Air France corrige Wikipédia et indique que “l’idée d’une fusion avec Alitalia est abandonnée”, ce qui est faux, et la Mairie d’Asnières fait disparaitre le lien vers l’Association de Défense des Contribuables Asniérois.
Ego quand tu nous flattes … Evidemment, il est bien probable que les nouilles ainsi piégées ne s’y feront pas reprendre et on peut penser que dans les jours qui suivent, les IP des modificateurs ne soient plus sagement que celles de grands fournisseurs d’accès (qui elles sont plus difficilement identifiables). Monsieur le Maire ou le PDG comprenant qu’il faut être plus discret, demanderont certes toujours à leurs attachés de presse de bien vouloir modifier leur fiche Wikipédia, mais de chez eux avec Orange ou Free de préférence. En attendant, amusons nous !
Tout ceci doit-il minorer l’intérêt de Wikipédia ? Evidemment non ! Car qui dit liberté de censurer dit aussi liberté de rectifier. Et puis les modifications et passages censurés restent enregistrées, ce qui permettra toujours, quand les censeurs seront calmés, de restituer la vérité !
Note 1 : Ce fait est prouvé par des études scientifiques telle celle menée par Nature qui avait invité plusieurs experts à comparer la fiabilité des informations publiées sur l’encyclopédie en ligne collaborative Wikipedia avec celles fournies par l’Encyclopaedia Britannica. Les conclusions montraient des résultats assez proches: une moyenne de 3,86 erreurs pour Wikipedia contre 2,92 pour Britannica. Cette étude avait ensuite été critiquée, tout comme le concept même de Wikipédia d’ailleurs (j’en ai parlé sur le blog à de nombreuses reprises)




