Statistiques sur deux roues
Jul 30th, 2007 by Eric
Les statistiques et les probabilités sont des instruments fascinants pour observer, analyser et éventuellement comprendre le monde. Les statistiques servent à tout : avec elles, on reconnait des voix, on prédit le climat, on transforme les ordinateurs en systèmes presque intelligents de traitement de l’information multimédia. Ce qui est intéressant avec les stats, c’est qu’elles sont à l’image des humains : instructives, performantes mais aussi menteuses, perverses, médiocres. Tout dépend en fait de l’expérience et de l’honnêteté intellectuelle de celui qui les utilise.
Ce qui est incontestablement vrai. Et permet aux ministres successifs de pointer régulièrement le « comportement dangereux des motards » voir d’affirmer dans la foulée – comme le ministre Perben en février 2007 - qu’il faut « fixer un objectif pour 2007, du nombre maximum de 500 tués en deux-roues » en raison de cette accidentologie élevée. Comment respecter cet objectif ? Par exemple avec ça :

C’est la nouvelle campagne de sécurité routière proposée pour tenter de faire baisser l’accidentologie des deux roues. Un peu raide … Vous me direz, les automobilistes ont eu le droit à des publicités du même genre, alors pourquoi pas les motard ? Admettons …
Pourtant avant que le ministre ne se lance dans une envolée médiatique (qui n’a somme toutes qu’assez peu de rapport avec les accidents de motocyclettes, mais en revanche un impact énorme sur les élections), le statisticien compétent avant de publier son étude, cherche ce qu’il appelle les biais. Il se gratte la tête et se pose cette simple question : y a-t-il dans ces chiffres quelque chose qui masque une autre réalité ?
On lit aussi dans cette pépite que « La politique française en matière de déplacements en deux-roues motorisés constitue un handicap grave. L’évaluation des facteurs propres à notre pays (trafic, types de véhicules, comportement, formation, répression, etc.) permettrait certainement des avancées dans la sécurité de ce type d’usagers. ».
On y apprend aussi que dans le fichier de l’IRTAD, on trouve pour la France une seule donnée de trafic pour l’ensemble des véhicules à 4 roues, plus le trafic de motocyclettes, alors que d’autres pays fournissent jusqu’à 6 catégories de trafic.
En d’autre terme, on se demande s’il est bien raisonnable de considérer qu’un conducteur expérimenté de motocyclette est comparable à un père de famille (ou un gamin casse-cou) qui roule comme un hystérique sur son « scoot 125» , sans formation, et grâce à son permis B vieux de 20 ans ?
Mais pourquoi ce post motorisé avec alibi statistique sur le technoblog ? Par ce que je roule depuis l’âge de 14 ans sur des motocyclettes, et que je suis aujourd’hui très en colère contre la dangerosité de la route pour les motards (j’ai en ce moment une 500 suzuki, qui succède à une 125 honda) et je peste contre ceux qui persistent à stigmatiser cette population d’usagers de la route alors qu’il faudrait la protéger.
Quelques repères pour vous faire toucher du doigt la problématique du motard :
- Le rapport poids puissance d’une petite moto d’entrée de gamme (500 cm3, 50 chevaux pour 200 kg, 0,25cv/kg) est supérieur à celui d’une Porche 911 moyenne (285 chevaux pour 1500 kg / 0,19cv/kg) : il ne vous viendrait pas à l’idée de couper la route à une 911 qui vous rattrape ? Alors pourquoi le faire avec les motos !
- Le motard n’a jamais priorité : malgré ses phares allumés en permanence, tout motard vit au quotidien plusieurs refus de priorité soit par ce qu’un automobiliste ne le voit pas, soit qu’il n’évalue pas correctement le potentiel d’accélération du deux roues. C’est d’ailleurs ce que souligne ce second visuel de la campagne (un peu mieux que le précédent) :

- La puissance de freinage d’une moto est hors du commun. Conséquence, à 90 kmh, lorsqu’un automobiliste pressé suit un motard à moins d’un mètre de distance (c’est malheureusement très fréquent), en cas de freinage, il lui roule dessus.
- La moto est un véhicule instable par nature (phénomènes gyroscopiques) : s’il chute dans un rond point (gasoil, gravillons) et que la trajectoire de l’automobiliste n’a pas anticipé cette chute, il lui roule dessus.
- Par ailleurs, contrairement à un véhicule routier et son amoncellement de dispositifs actifs et passifs de protection, le motard n’est protégé que par un casque, des gants, une combinaison de cuir. En cas de collision avec un objet ou un animal sur la chaussée, les conséquences sont toujours graves pour le motard. Hors, bien souvent, étant suivi dans ces cas d’urgence de très près par un automobiliste, le motard a le choix entre percuter la bête à 4 pattes ou se faire percuter par l’idiot bête à 4 roues.
Voici donc les données qu’il faudrait introduire dans les statistiques : des éléments orthodoxes, qu’on apprend à l’université. Ca s’appelle la « population » et les critères de définition de cette population (que représentent les données ? Comment sont elles collectées ?), la modélisation des relations entre variables (distance de sécurité respectée ? formation de la victime ? particularité de son véhicule ? du lieu de l’accident ?).
Pourquoi ce post inhabituel ? Par ce qu’hier soir, j’ai circulé de Tavel à Avignon. Que j’ai failli être percuté deux fois à des intersections où j’étais prioritaire, j’ai été poussé sur le bas côté par un automobiliste pressé par ailleurs soumis à une ligne continue, j’ai été suivi à 90 km/h à moins d’un mètre de distance par de nombreux abrutis. J’ai eu peur, ma passagère aussi, et ça m’énerve parce que ce n’est pas exceptionnel.





Les problèmes des motards sont les mêmes que ceux des deux roues en général…
Je trouve désolant comme toi de voir que la plupart des automobilistes se croient sur la route comme un état de droit et non comme un état de devoir. Le devoir de ne pas mettre en danger la vie d’autrui. Nous avons un véritable problème dans la formation et les mentalités des conducteurs, qui, pour la plupart, se considèrent comme les maîtres de la route. Ce comportement se voit de manière plus flagrante sur les autoroutes, où au plus ton véhicule est gros au plus tu te sens fort et prêt à écraser les autres…
Les conducteurs ne font pas attention aux deux roues en général, avec des amis nous ne comptons plus le nombre de véhicules roulants à plus de 70 km/h qui nous frolent à moins de 50 cm, les portières prises en pleine poire, car la personne n’a pas daigné regardé son rétroviseur (à quoi sert-il donc ? je vous le demande !), les refus de priorité ne sont plus comptés, bref… je pense que le véritable souci, au-delà d’un manque évident de conscience des conducteurs, c’est celui du manque tout simplement de tolérance, accepter qu’on est pas seul sur la route, et que tous nos actes peuvent entraîner des conséquences irréversibles pour les autres…
Amis conducteurs, je vous salue !
Message laissé manifestement par un fan de 2 roues non motorisé avec lequel je suis tout à fait d’accord. Merci Christophe pour ta contribution !