Retour sur les machines à voter
Jul 9th, 2007 by Eric
Occupé à d’autres tâches, je n’ai pas eu l’occasion de vous parler ici de mon opinion sur les machines à voter. Ces machines que nous avons vues fleurir un peu partout en France pendant les élections présidentielles sont en effet très contestées.
Bizarre, bizarre ces machines. D’abord par ce qu’elles sont loin d’être nouvelles : dans les années 70, des villes de taille moyenne, telle que Levallois-Perret (92) par exemple, s’en étaient équipées. Au hasard des changements de majorité, la plupart d’entre elles les avaient abandonnées (ce fût le cas à Levallois, lors du passage à l’équipe Balkany), pour revenir à de vraies urnes, en plexiglas (un signe de transparence et de modernité appliqué à la tradition que j’avais bien apprécié). On leur avait reproché leur manque de simplicité, qui pénalisait particulièrement le vote des personnes âgées (qu’il fallait aider à trouver le bon bouton, ce qui, reconnaissons-le, rend le concept d’isoloir assez peu isolant…).
Les machines après un passage à vide – donc - sont revenues en force depuis 2004. Au point qu’en 2007, plus d’un million d’électeurs étaient concernés. J’en fus : je peux confirmer que les machines sont plutôt bien conçues, le système de vote relativement convivial et l’interface homme-machine assez bien pensée. Ce n’est donc pas de la machine en elle-même que je vais vous parler mais plutôt de ses entrailles, qui sont elles, très contestées.
Contestation à priori surprenante d’ailleurs, puisque l’Etat a pris un certain nombre de précautions avant de les autoriser. Ainsi, on apprend sur le site du ministère de l’intérieur que:
« Les modèles de machines sont agréés sur la base de la vérification de leur conformité au “Règlement technique fixant les conditions d’agrément des machines à voter” approuvé par l’arrêté du 17 novembre 2003 (à télécharger). Les modèles agréés sont la version “2.07″ de la machine à voter de la société NEDAP-France élection, le modèle “iVotronic” de la société ES&S Datamatique et le modèle “Point & Vote” de la société Indra Sistemas SA. ».
Cet agrément est réalisé sur la base d’un règlement technique que l’on trouve ici .
Fort bien : si l’on en croit ce règlement, monsieur GrosEscroc de la société Bellearnaque, ne peut pas se présenter pour vendre son bazar votant à une mairie, il lui faut un agrément obtenu après vérification de son machin. Rassurant. En France, nous avons donc agréé Nedap, iVotronic et Point & Vote. C’est obligatoirement et légalement sur l’une de ces trois machines que les électeurs ont appuyé sur le nez (pardon le bouton) de Nicolas, Ségolène, François ou les autres.
Problème : le code de ces machines n’est pas ouvert. Il est même fortement verrouillé. En d’autres termes, il n’est pas possible – pour un citoyen ou une association le représentant - de savoir comment ça marche « dedans ». Imaginez vous une urne classique, opaque, gérée intégralement par une société privée et que seul le technicien pourrait ouvrir, nettoyer, entretenir et surtout dépouiller ? Les machines à voter, c’est quasiment ça. Et malheureusement, le code informatique opaque n’est pas exempt de défauts : on connaît ce cas d’un Américain malheureux candidat à sa mairie, ayant voté pour lui (de cela, il était certain), qui fut plongé dans un abîme de doute lorsque les machines de sa ville lui ont attribué … 0 voix ! Pas même la sienne. On sait qu’après les présidentielles en France de nombreuses anomalies ont été constatées : nombre de votants sur les machines différent de celui émargé, par exemple.
Modérons le propos : le dépouillement manuel posait lui aussi ce genre de problèmes (quelle galère que le recomptage jusque tard dans la nuit, avec un hystérique à côté de vous qui menace de contester le vote pour deux bulletins manquants). Pour être totalement honnêtes, nous pourrions ajouter que l’ère du papier a connu de nombreuses fraudes (bourrage, faux électeurs …).
Alors, d’un côté, des machines importantes dans l’air du temps (le e.vote devrait lui aussi apparaître prochainement), qui fluidifient le processus électoral et pallient à la difficulté forte rencontrée par les organisateurs d’élections de constituer des bureaux (plus personne ne veut dépouiller ou jouer le rôle d’assesseur). De l’autre, des machines vendues par des sociétés privées, opaques, soupçonnées de défauts, très contestées. Que proposer ?
En ce qui me concerne, je trouve que le champ du vote ne devrait pas entrer dans celui du commerce et de l’entreprise privée. Le marché de la machine à voter « produit » ne devrait pas exister : des logiciels « open source », conçus par des chercheurs indépendants (et de toutes tendances politiques) devraient en être le coeur et garantir non seulement la gratuité du système (une machine coûte actuellement 3 à 5000 euros pour trois ans, service compris) mais aussi sa possible vérification par tous. Une urne, un bureau de vote, un isoloir, un dépouillement, c’était simple, gratuit et contrôlable par tout citoyen : il devrait en être de même pour ces machines. On trouvera aisément, dans chaque municipalité et canton, plusieurs électeurs de chaque tendance politique, inscrits sur les listes, ayant compétence pour inspecter la machine et son code, lui-même vérifié en amont par les chercheurs (universitaires ou autres). Elle est pas bonne mon idée ?
En attendant, pour en savoir plus sur ces machines, visitez :
http://www.ordinateurs-de-vote.org/ Le site le plus actif contre
http://www.agoravox.fr/auteur.php3?id_auteur=13996 (les articles d’une militante sur Agoravox)
http://www.wijvertrouwenstemcomputersniet.nl/images/9/91/Es3b-en.pdf Un article contestant le fonctionnement des machines Nedap (très décriées aux Pays Bas)






Un article sur Agoravox ( http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=26681 ) a suivi le mien de près ! Il regorge d’informations, et présente notamment des liens vers des promoteurs de machines à voter open source aux USA. Voir : http://www.openvotingconsortium.org/